Ça vous dirait de voir la vie en rose ? D’ajouter du bleu du ciel et un petit coup de chaud aux frimas ? Rien de plus simple: un porte-filtre, quelques bouts de plastique coloré et de l’imagination !

Les filtres dégradés transforment les photos de manière spectaculaire. La variété de couleurs et de densités permet de changer ou de renforcer les couleurs naturelles : le ciel gris devient orange, rouge, émeraude, mauve, les couleurs fluo donnent une luminosité nouvelle aux scènes de tempête ou transforment l’Atlantique en mer tropicale, le gris neutre équilibre l’exposition entre le ciel et le sol, le dégradé brouillard noie les montagnes dans la douceur.

Comme tous les articles photographiques, le filtre démontre son pouvoir quand l’effet est fondu dans l’image. Diapo sous la loupe; la lumière doit sembler naturelle, même quand les couleurs sont incroyables !

La beauté du site photographié est alors primordiale, car au sommet du mont Blanc ou dans les sables du Sahara, la couleur inhabituelle tranche  moins : le photographe qui travaille dans de tels endroits sait trouver des lumières inattendues !

La plupart des pros du paysage ont d’ailleurs dans le fourre-tout une pochette de quelques filtres dégradés. Quand ils photographient un paysage grandiose, ils prennent au passage des clichés filtrés susceptibles de surprendre la clientèle.

Quelques astuces pour filtrer juste

coucher de soleil parfait pour les reverse filtre dégradé

La valeur du dégradé d’un filtre est fixe, mais la profondeur de champ permet de faire varier la douceur de la transition. Objectif calé sur pleine ouverture, le filtre noyé dans la zone floue offre un dégradé plus doux.

A l’opposé, un diaph très fermé rend la transition extrêmement brève. Travaillez à grande ouverture ou dosez la zone de netteté à l’aide de test de profondeur de champ et alignez le dégradé du filtre sur ‘horizon : l’œil accepte plus facilement une transition colorée qui semble naturelle.

Evitez les reliefs capables de trahir l’utilisation du filtre s’ils dépassent dans la zone teintée : rien de plus laid qu’un rocher moitié neutre, moitié rose ! Attention aussi à la coloration involontaire des nuages blancs…

Le trépied est nécessaire pour travailler le filtrage sur le terrain : il autorise un cadrage précis et facilite le positionnement du dégradé dans le paysage.

Profitez de sa stabilité pour essayer plusieurs teintes différentes sur votre sujet et peaufiner la composition : horizon excentré, fuyantes, lignes de conduite esthétiques, premier plan dans la zone neutre du filtre. L’effet est meilleur quand l’élément fort du premier plan rappelle la couleur du filtre !

Si l’avant-scène manque de pêche, montez tête-bêche deux filtres dégradés légers : l’un pour le ciel et l’autre pour le sol. De préférence, prenez des couleurs proches des tons naturels (bleu, vert, tabac…) ou contentez-vous de renforcer ceux du paysage, la multiplication des filtres étant néfaste.

Il y a des sujets à filtre, d'autres pas !

le filtre gris degrade 3

Le filtre dégradé ne convient pas à tous les sujets. Exemple classique, le portrait ! D’une façon générale, le dégradé s’accorde mieux pour un paysage que pour un personnage ou pour un animal.

Cependant, il peut être utilisé pour divers autres sujets : course automobile, reportage sur les caves de cognac, nature morte. L’essentiel est de disposer d’une zone d’image linéaire à superposer au dégradé du filtre. Une zone linéaire peut parfois convenir … à condition d’être sombre ou à contre-jour pour masquer la partie inutile.

Les paysages de neige ou d sable posent des problèmes spécifiques : la forte luminosité oblige à utiliser un diaph fermé, qui rend visible la transition du dégradé sur le fond. Là encore, le test de profondeur de champ est indispensable pour positionner le filtre précisément !

Superposez la limite du dégradé aux parties sombres du paysage : ligne boisée, montagnes dans le lointain, reliefs en contre-jour, langue de terre en bord de mer … l’écart de couleur entre ciel filtré et sol neutre paraît ainsi beaucoup moins artificiel.

Les dégradés passent très bien sur les étendues aquatiques : étang, grand lac … loch écossais, fjord norvégien ! Cadré de haut, en vertical, un tel paysage permet de placer le filtre très bas dans l’image, avec juste le premier plan neutre. Grâce à la teinte de l’eau qui semble réfléchir la couleur du ciel filtré, la scène gagne en naturel !

Fill-in avec filtre

mahogany 1

La présence du filtre dégradé a beau équilibré la densité du ciel et du sol, il faut un éclair de flash de temps à autre pour déboucher le premier plan !

Avec un filtre de faible densité, la mesure TTL de l’éclair fonctionne normalement en automatique : le premier plan est détaillé et l’image gagne en relief.

 Un filtre dense trompe la mesure seulement s’il descend beaucoup dans l’image : dans la moitié haute du cadre, il est sans effet sur le posemètre.

En cas de doute, passez en manuel selon la bonne vieille méthode de calcul (ouverture- nombre-guide/distance). Jouez sur la vitesse-sans dépasser la vitesse de synchro-X) pour faire l’exposition. Et fermez le diaph d’une demi-valeur (0,5 IL) pour minimiser l’éclair de flash.

Pratiqué à outrance au début des années 80, le filtrage dégradé coloré a presque disparu de la production amateur. Des photographes ont carrément pris l’habitude de ranger l’appareil au moindre nuage… alors qu’un ciel gris est si facile à doper d’une pointe de couleur !

Désormais, ne partez plus en balade sans deux ou trois filtres dégradés dans le fourre-tout, histoire de peindre en mauve les nuages de la pointe du Raz et créer un coucher de soleil à trois heures de l’après-midi : c’est tout simplement magique!

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