On l’a tous entendu : une bonne image doit se défendre seule ! autrement dit, une photo devrait se suffire à elle-même et l’accompagner de mots serait donc inutile. D’ailleurs, ne dit-on pas qu’une image vaut mille mots? Alors pourquoi vouloir lui en accolé d’autres ? Peut-être tout simplement parce que savoir aide souvent à mieux voir…

Bien sûr, c’est d’abord par sa force émotionnelle qu’une photo touche le spectateur, et non par le « mode d’emploi » ou l’explication fournis en marge : une image faible, quand bien même raconterait-elle un magnifique moment de nature et malgré tous les efforts littéraires de son auteur pour nous en convaincre, n’en reste pas moins… faible !

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Cependant, il faut bien reconnaître qu’une image seule- même quand elle retient l’attention par l’admiration, l’émotion ou l’étonnement qu’elle suscite- n’est pas très loquace et qu’elle n’apporte généralement aucune réponse aux questions que se posent les spectateurs , qu’ils soient ou non photographes eux-mêmes: l’instantané qu’ils ont devant les yeux passe sous le silence tout ce qui a précédé et suivi le déclic, tout ce qui le relie au moment de nature  dont il est issu et qui lui donne donc véritablement son sens.

Ainsi, ce qu’une image a sans doute de plus cher, au cœur du photographe risque de ne jamais être perçu par le public: muette sur son histoire, elle n’est finalement aux yeux des spectateurs rien de plus qu’une bonne photo parmi tant d’autres!

Car des images, il y en a maintenant à profusion : la photographie animalière et de nature fait de plus en plus d’adeptes et son n niveau est très élevé. Aidés par les progrès du matériel (technologie numérique notamment), bien informés par les magazines, les ouvrages et les forums de discussions, les nouveaux pratiquants tâtonnent peu au départ et produisent très rapidement des images remarquables.

Certaines photos considérées comme exceptionnelles il y a seulement une dizaine d’années- images de mouvement par exemple – sont maintenant monnaie courante. La production est foisonnante et l’excellence des résultats se banalise : pas étonnant dans ces conditions que les photos de nature soient de plus en plus survolées, de moins en moins lues, de moins en moins « écoutées. Une raison supplémentaire de leur offrir quelques mots pour leur redonner la parole !

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 Donner la parole à l’image, mais sans la rendre bavarde ou grandiloquente, sans relater interminablement les circonstances de sa réalisation, sans lui apposer une ennuyeuse énumération de données techniques.

D’abord, il faut se demander, en fonction de la nature de l’image, quel genre d’écrit l’enrichira vraiment, lui apportera un réel supplément de sens : des indications sur la technique mise en œuvre, les préparatifs matériels, le contexte de la prise de vue ? Des informations sur le lieu, l’époque de l’année ? Des précisions sur le mode de vie de l’animal, son comportement ? Une note poétique, humoristique ? Des éléments de réflexion sur la nature, sur la photographie, une citation, une anecdote?

Peu importe le registre dans lequel se situe la légende –le mélange des genres étant en outre le bienvenu-, pourvu qu’elle étoffe sans surcharger, qu’elle apporte ce que la photo ne peut offrir et qu’elle ne se contente pas de répéter ce que la photo donne déjà à voir.

Image et légende, à chacun son rôle : la première fige, la seconde prolonge. Le photographe de Louis Scutenaire :  » avec les mots, on marque le mouvement, avec les images, on le fixe « .

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