Ne dit-on pas souvent qu’une image vaut plus que mille mots?

J’aime la photographie pour plusieurs raisons, mais  d’abord et surtout parce qu’une photo raconte une histoire.

Depuis des siècles, des gens se retrouvent autour des feux de camp, des places publiques, des repas et d’autres lieux encore pour raconter leur histoire.

Au fil du temps, ces rencontres sont devenues des piliers du développement culturel et communautaire de notre société. Récemment encore, certains déploraient la perte de l’art de raconter des histoires avec l’essor technologique.

Il y a peut-être un peu de vérité dans tout cela, mais n’est-ce pas simplement la façon de raconter les histoires qui a changé. La photographie numérique est l’un de ces moyens contemporains de raconter une histoire.

Une photo peut communiquer des émotions, une humeur, des idées et des messages – autant d’éléments importants qu’on retrouve dans la narration.

Bien sûr, l’art de raconter n’est pas une qualité qui s’acquiert de façon spontanée. Savoir raconter une histoire s’apprend. Voici quelques conseils pour les conteurs d’histoires photographiques.

Comment raconter une histoire à l'aide d'une photo ?

On rencontre des histoires de formes et de taille variée. Certaines sont longues (romans ou trilogies); d’autres courtes. En photographies, une histoire courte peu se résumer à une ou deux images.

La plupart des photos de presse entrent dans cette catégorie – une image qui tente de saisir l’essence d’une histoire écrite. Ils n’ont pas le luxe de pouvoir présenter plusieurs photos, explorer et conclure, alors ils se contentent, presque toujours, de présenter le résumé en photo.

Ce genre de photo doit pouvoir captiver l’attention de l’observateur. Ils auront généralement un point d’ancrage qui guide l’observateur à travers la photo.

Les photos d’histoire courte sont souvent des clichés qui emmènent l’observateur à s’interroger sur ce qu’il est en train de regarder – non pas parce qu’il ne comprend pas, mais parce la photo intrigue et laisse l’observateur imaginer ce que pourrait être la suite de la scène.

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Créez une relation – Lorsque vous racontez une histoire à travers une seule image, pensez à inclure plus d’une personne dans la photo. En procédant ainsi, vous créez une relation entre les personnages qui aura pour effet d’évoquer toutes sortes de pensées dans l’esprit de l’observateur.

En outre, il est parfois intéressant de ne pas cadrer le deuxième personnage de la scène afin d’en rajouter à l’histoire que vous essayez de raconter.

Le fait de laisser des preuves dans la photo d’un second personnage qu’on ne voit pas peut amener l’observateur à s’interroger davantage (par exemple une photo d’une personne seule à une table avec deux tasses de café devant elle – ou une photo d’une personne qui parle avec une autre personne qu’on ne voit pas).

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Pensez également au contexte – que se passe-t-il autour de votre sujet? Qu’est-ce qu’on retrouve à l’arrière-plan?  Quelles informations ces éléments renseignent-ils sur la vie du sujet ?

Comment raconter une histoire à l'aide de plusieurs images ?

L’une des erreurs commises par la plupart des photographes débutant c’est de vouloir inclure tous les éléments de la scène dans chacune des photos prises. Il en résulte des photos encombrées sans véritable centre d’intérêt.

Un moyen d’éviter cela tout en continuant de raconter une histoire, c’est de prendre une série de photos. C’est comme réaliser un film à l’aide de photos (un film est une séquence de plusieurs milliers d’images réunies pour raconter une histoire).

Les séries de photos utilisées pour raconter une histoire peuvent aller de deux ou trois photos jusqu’à une centaine de photos rangées dans un certain ordre dans un album (en ligne ou imprimé).

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les photos de vacances est un exemple d’histoire à plusieurs images auquel on est bien familier . Ce genre de série documente les expériences que nous avons vécues pendent une période de temps données. Les mariages, les fêtes; les conférences, etc. en sont d’autres exemples.

La Structure

Je ne prétends pas maîtriser l’art du récit, mais je sais qu’une belle histoire a un début et une fin, et respecte une certaine structure.

Avant de commencer votre reportage, réfléchissez au type de photos dont vous aurez besoin pour raconter votre histoire. Les éléments de base d’une histoire étant l’introduction, le corps et la conclusion:

L’Introduction – c’est l’ensemble des photos qui visent à situer les autres photos dans un contexte précis. Ces images présentent les personnages importants de l’histoire, donnent des informations sur le lieu où se déroule l’évènement, donnent le ton de l’histoire et introduisent les thèmes sur lesquels l’histoire se portera.

Les photos d’entrée doivent conduire l’observateur au cœur de l’histoire. Pensez à un bon roman, ce sont souvent les premiers paragraphes qui déterminent si les gens achèteront et liront le livre ou non – il en va de même pour les histoires visuelles. Les premières images doivent donner aux gens l’envie d’en savoir plus.

Donc, pour un album de voyage – les photos d’entrée peuvent être les voyageurs qui font leur bagages; des billets, la macro d’une carte, etc.

Le corps du sujet : – une belle histoire, c’est plus que des mots vides de contenu. Elle explore en profondeur des idées, des sentiments, des émotions, etc.

Les photos qui constituent cette partie constitueront probablement la majeure partie de votre histoire photographique. Ils montrent ce qui s’est passé, mais explorent également des thèmes et des idées.

Donc, avant un voyage, je passe en revue les thèmes sur lesquels je travaillerai tout au long du voyage.  Parmi les  types de thème , on peut distinguer :

Des thèmes visuels – ça peut-être des couleurs ou des formes qui reviennent encore et encore au cours d’un voyage – par exemple, récemment, un ami m’a montré un album d’un récent voyage aux îles grecques, qui comportaient pas mal de photos avec des bâtiments blancs et une mer bleue – c’était assez impressionnant.

Thèmes stylistiques – une répétition de techniques et des styles photographiques. Par exemple, lors de mon dernier voyage à l’étranger, j’ai décidé de faire une série de macro des différentes fleures  que j’ai vue et je me suis retrouvé avec une série de photos de fleurs de différentes régions du monde.

Thèmes de localisation – une série de photos de lieux similaires. Par exemple, lors d’un voyage il y a de cela quelques années, j’ai décidé de faire des «marchés» mon thème tout au long du voyage. J’ai cherché et photographié des marchés dans toutes les villes et villages que j’ai visités. Les différences et les similitudes entre les marchés étaient tout simplement fascinantes.

Thèmes relationnels – photos axés sur une personne ou des personnes au fil du temps. Dans le récit d’un voyage, ça peut être l’humeur d’un personnage à travers les hauts et les bas du voyage, ou le développement d’une relation entre amis, amants, frères et sœurs, etc.

Un récit photographique peut ne porter que sur un seul thème ou être un mélange de plusieurs thèmes. Toutes les photos ne correspondront pas nécessairement aux thèmes, mais lorsque vous travaillez à les intégrer dans ce que vous êtes en train de concevoir le résultat est encore plus satisfaisant.

Parfois, des thèmes vous viendront à l’esprit alors que vous êtes sur la route (lors d’un voyage, par exemple, des idées vous frapperont l’esprit, vous orientant vers des chemins que vous n’avez jamais songé explorer) mais bon nombre d’entre eux sont des idées qui demandent une certaine réflexion et une certaine planification.

Par exemple, mes thèmes portant sur les «marchés» et la «flore» étaient des sujets que je devais intégrer à mon voyage. J’ai cherché ces images et je suis allé à des endroits où j’aurai la possibilité d’obtenir les images que je recherchais.

Certains photographes font une « liste » de photos à prendre au courant de la journée (c’est ce que je fais pour les mariages) alors que d’autres le font de manière plus informelle dans leur esprit – mais la plupart des bons photographes sont capables non seulement de prendre de belles photos spontanées, mais aussi de prendre le type de photo dont ils ont besoin.

Conclusion – Les bons conteurs

Les bons conteurs sont assez pointus sur  la manière dont leurs histoires se terminent. La dernière impression compte et il est important de savoir quelle image durable vous souhaitez laisser à l’observateur.

Vous n’êtes pas obligé d’avoir une fin claire et nette (les bonnes histoires laissent souvent l’auditoire à sa fin); pensez à la manière dont vous désirez terminer votre histoire.

Pour poursuivre avec notre exemple de récit d’un voyage, les clichés de conclusion peuvent varier des clichés du coucher de soleil aux clichés à l’aéroport, en passant par les photos du dernier repas à destination, des panneaux indiquant l’aéroport etc.

L ‘ Edition

Beaucoup d’amis qui travaillent dans le secteur de l’édition m’ont fait savoir que les romans vont rarement sous presse dans leur forme originale. Ils subissent généralement beaucoup de transformation et de retouche avant d’aboutir à la forme finale.

C’est aussi vrai pour les récits photographiques. L’édition s’effectue à plusieurs niveaux. Elle va de l’édition d’une photo (recadrage, accentuation, amélioration des couleurs, etc.) à l’édition d’une série de photos.

Lorsque vous présentez vos images sous forme de série, il est important d’être sélectif au niveau des photos à inclure (et celles à laisser de côté).

Pour ce qui est des albums de voyage, j’en fais généralement deux pour chaque voyage. Le premier est l’album qui raconte l’histoire et c’est celui-là que je montre le plus souvent à mes invités. Le second album est celui dans lequel je garde toutes les photos prises lors du voyage. Á l’intérieure, les photos sont généralement rangée dans l’ordre dans lequel elles ont été prises.

De cette façon, je ne submerge pas les gens avec de centaines de photos que j’aurai prises lors d’un voyage. Je sélectionne les meilleures et les range de manière à raconter au mieux l’histoire du voyage. Parfois, lors de l’édition, l’ordre chronologique devient moins important car l’histoire et les thèmes sont plus dominants.

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