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Lourd, encombrants et chers, tels sont souvent les qualifications attribués aux objectifs à grande ouverture. Pourtant, les optiques ouvertes à f/2 sont utiles à bien des égards. Voyons comment les choisir au mieux.

La plus part des reflex et des appareils photo hybrides sont vendus en kit avec un zoom transstandard  d’entrée ou de milieu de gamme dont l’ouverture maximale est relativement modeste. Si ce dernier affiche un rapport qualité/prix imbattable, il ne répond pas à toutes les situations photographiques.

On peut s’étonner que le « classique » 50 mm f/1,7 ou f/1,8, jadis prise par de nombreux photographe amateurs, soit désormais délaissé au profit des zooms de plus faible luminosité. Toujours est-il que le succès des zooms d’entrée de gamme (18-55 mm f/3,5-5,6 ou autres) ne se dément pas. Il s’explique essentiellement par la politique tarifaire agressive dont ils bénéficient (ils ont quasiment « donnés » avec l’appareil) mais aussi par des caractéristiques qui leur sont propres, comme leur relative polyvalence et leur qualité optique. Il est loin le temps où les zooms prix d’attaque brillaient par l’extrême faiblesse de leurs performances optiques.

Néanmoins, dès que la lumière commence à manquer ou que la nécessité d’obtenir une faible profondeur  de champ se fait senti, le zoom transstandard fait bien pâle figure face au « modeste » 50 mm f/1,8. Mais ce dernier est d’être le seul objectif lumineux disponible au catalogue des marques. Les optiques ouvertes à f/2ou plus y sont légion…au grand désarroi du débutant qui cherche à compléter sont équipements! Face à l’étendu du choix, il incombe à chacun de définir  ses besoins et de cerner dans quelle mesure l’ajout d’un objectif lumineux peut dynamiser son parc optique.

Grande ouverture et basse lumière : le couple parfait ?

Dans de mauvaises conditions de luminosité, photographier en lumière ambiante entraîne quelques contraintes, car il faut pallier la faiblesse du flux lumineux parvenant à la surface du support photographique (film argentique ou capteur numérique). Il existe trois méthodes pratiques pour remédier au manque de lumière : allonger le temps de pose, travailler en haute sensibilité ou utiliser un objectif très lumineux.

La première méthode entraine un risque de flou de bougé et devient inopérante si le sujet est mobile (sauf à recherche un effet de filé ou de flou). On considère en effet que la vitesse utilisable à main levée sans risquer un flou  de bougé de l’appareil doit être supérieure ou égale à l’inverse de la focal de l’optique employée (ou son équivalent en 24*36), soit 1/60s à 50 mm ou encore 1/125s à 105 mm. Il s’agit là d’une règle purement théorique ; elle est utile au débutant mais, l’expérience aidant, il est possible d’abaisser  ce seuil d’un ou deux, voire trois temps de pose.

La deuxième option provoque une montée du bruit numérique, pas toujours judicieuse sur le plan esthétique. Ce constat mérite toutefois d’être nuancé, les reflex récents donnant d’excellents résultats à 1.600 ISO, voire plus pour les meilleurs d’entre eux.

La dernière possibilité oblige à investir dans une focale fixe à très grande ouverture, soit f/2 ou plus (les zooms pros ouvrent à f/2,8 au maximum). Or, dès qu’on s’éloigne des focales standard, un tel objectif et cher, assez encombrant et lourd.

Sur le terrain, on oublie vite le montant de la facture du fait des services inégalables rendus par une optique à grande ouverture. Avantageuses en basse lumière, elle offre aussi d’énormes possibilités en matière de gestion de la profondeur de champ et ouvre les portes de la créativité dès lors qu’on sait la maîtriser.

Maîtriser la profondeur de champ

Les trois paramètres qui influent sur la profondeur de champ sont le grandissement (rapport entre les dimensions de l’image du sujet et  les dimensions réelles de celui-ci), la taille du support photographique et l’ouverture de diaphragme employée. Globalement, pour une taille de support photographique et une ouverture de diaphragme invariable, la profondeur des champs est d’autant plus courte que le grandissement est élevé (situation rencontrée usuellement en macro).

De même, la profondeur de champ diminue si l’on change le support photographique utilisé pour un autre de plus grandes dimensions. Ainsi, pour une ouverture de diaphragme et un rapport de reproduction donnés, la profondeur de champ est plus courte avec un reflex 24*36 qu’elle ne l’est en APS-C. c’est la raison pour laquelle les flous induits sur l’image par les parties du sujet situées en dehors de la zone couverte par la profondeur de champ sont généralement plus doux et esthétique en format 24*36 qu’ils ne le sont en APS-C, ce dernier offrant lui-même des flous plus nuancés que ceux d’un appareil Micro 4/3. Parallèlement, pour une taille de support et un grandissement fixes, la profondeur des champs diminue quand on ouvre le diaphragme. Un objectif lumineux permet donc d’obtenir une profondeur de champ très courte, parfaite pour isoler le sujet sur lequel est faite la mise au point du reste de la scène photographiée.

Grande ouverture et possibilités créatives

L’aptitude des optiques à très grande ouverture à valoriser le sujet principal par une zone de netteté courte et sélective est souvent mise à profit par les portraitistes. D’où l’attrait de ces derniers pour les 85 mm f/1,4, 105 mm f/2 ou 135 mm f/2.

Une très grande ouverture offre en effet des possibilités inégalées pour atténuer un élément visuel inesthétique (un grillage, un mur ou tout autre motif aux lignes répétitives ou géomètres). Sur l’image sa structure sera diluée dans le flou, rendant quasiment impossible son identification.

Néanmoins, un objectif ouvert à f/2 plus ne présente pas que des avantages. Utilisé à son ouverture nominale, il requiert une mise au point précise du fait de la très faible profondeur de champ obtenue. Celle-ci peut être de l’ordre d’un ou deux centimètre en portrait. Il est donc essentiel de s’assurer de la parfaite complicité du modèle avant de presser le déclenchement, un bref mouvement inopiné durant l’exposition suffisant à rendre le sujet flou sur l’image !

Autre inconvénient des optiques lumineuses : leur prix. Les objectifs très ouverts sont d’autant plus chers que l’on s’éloigne de la focale standard. Si le 50mm f/1,8 est un champion du rapport qualité/prix, il n’en est pas de même de son homologue ouvert à f/1,4 (même si ce dernier reste abordable). Le gain d’un demi-diaphragme se paye au prix fort ! Ce constat est encore plus flagrant si l’on aborde le domaine du grand-angle ou, à l’inverse, celui du téléobjectif. Ainsi, un 35 mm ouvert à f/1,4 affiche un prix approximativement trois fois supérieur à celui d’un 50 mm d’ouverture nominale équivalente.

Bref, sauf à être riche, il est essentiel de bien cerner ses besoins avant d’acheter un objectif à grande ouverture. Il serait dommage d’acquérir une telle optique et de la laisser dans le fourre-tout sous prétexte qu’elle ne correspond pas à la « vision » de son acheteur.